Part 1

Traduit de l’anglais

Voici Mike. Je le connais bien. Je le reconnais, saisissant les traits de son visage d’abord et créant le reste de sa personne de mémoire à partir de là. Son nez et sa moustache détonnent. Cependant, toute tentative visant à décrire la manière dont ces caractéristiques s’additionnent pour donner la personne joviale que je connais est inutile. J’ai une bonne idée de ce que fait Mike Bourscheid. Et pourquoi c’est important. Son travail met en forme avec panache le moment exact où quelqu’un que vous connaissez se transforme soudainement en quelqu’un que vous ne connaissez plus.

Il faut penser Bourscheid comme un agent de liaison entre les autres et soi, dont les outils ne sont pas des rencontres, des appels téléphoniques et des déjeuners, mais des costumes, des objets fabriqués à la main et des performances. Dans sa pratique artistique, ces techniques font écho aux travaux pratiques de la couturière, du tailleur, du potier et du ménestrel. En parallèle pourtant, les oeuvres de Mike intègrent l’esthétique antique – décorations florales, robes somptueuses, animaux en bronze moulé – que ces artisans ont longtemps servi. Bourscheid se caricature, bâtard de cette esthétique patricienne toute en hyperboles. Un slapstick en contrepoint parcourt ainsi ses sculptures et performances, entre la décadence et la vocation qui les produisent.

The Goldbird Variations (2016) en sont un parfait exemple. L’oeuvre questionne les codes de l’identité. Photographié dans son costume, Bourscheid regarde l’objectif légèrement de profil. Il est engoncé dans une robe jaune canari, sous un chapeau pillbox de la même couleur. Les mains gantées de l’artiste se croisent sur sur sa poitrine et l’un de ses pieds est reculé dans une pose élancée qualifiée de féminine, ces deux gestes contrevenant à l’intransigeance de la masculinité occidentale stéréotypée. La notion de genre ici glisse, se libère de ses amarres normatives, facilité par la posture de Bourscheid.

C’est un bonbon, cette photo. À savourer toute la journée, en se repaissant du doux effacement de soi et de la parodie piquante qu’elle procure. Il ne s’agit pas d’inverser les codes binaires du genre. Au contraire, Mike Bourscheid mélange les multiples facettes de l’identité, de l’histoire et de la mythologie en une floraison d’ornementations humaines. Lorsque Bourscheid performe, cet effet est d’autant plus palpable. Après avoir quitté la scène, les vêtements demeurent suspendus comme des sculptures. Mais leur puissance ne se dissipe pas. Après tout, Bourscheid et ses vêtements (peut-on les différencier ?) imitent à travers le cycle de la performance et du répit, nos propres vies.

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