Il fait un peu froid, et surtout gris ce samedi matin dans le village de Lorentzweiler (Luxembourg). Un groupe épars se réunit devant le gymnase. On se salue, on se présente. Quelques photographes installent leurs trépieds. En arrière-plan, la forêt massive se dresse, sereine et automnale. Les discours s’enchainent, presqu’aussitôt accompagnés par la pluie. L’artiste Eric Schumacher reste souriant. Son oeuvre est là derrière, cachée quelque part dans le fourreau vert sapin. Les discours se terminent et le bus arrive. Déposés cinq minutes plus haut, à l’entrée d’un chemin de terre à la lisière des bois, les visiteurs commencent enfin le parcours artistique ‘Störende Wahrheiten’ (Vérités Troublantes en français).

Eric Schumacher est l’un des artistes sélectionnés du parcours. Avec un bel accent écossais, ilraconte ses promenades et la publicité à tous les coins de rue, à Edimbourg où il vit depuis dix ans, ici à Luxembourg et dans chaque métropole où il se rend. Il raconte son grand atelier et ses machines à bois, à scier, qu’il utilise pour sculpter. Pour sa Vérité Troublante, il raconte sa photo de sculpture installée sur une sculpture. Il raconte aussi ce parcours et son sujet ; l’anthropocène. L’anthropocène, c’est l’ère de l’Homme. La désignation de notre époque, où l’humanité (occidentale) modifie structurellement la géologie terrienne. L’anthropocène, c’est l’homme au centre du système qui se propage à ses extrémités. Au coeur de la forêt, l’Anthropocène du Störende Wahrheiten, c’est l’humanité mise en abîme avec la nature comme prisme de réflexion. Alors Eric Schumacher a décidé de photogra-sculpter une pratique rituelle de cet homme occidental : le barbecue.

Enroulée autour d’une colonne Morris publicitaire de plusieurs mètres de haut posée au bout d’un sentier de terre, sa photographie « célèbre » cette machinerie si étrange de la grillade. Viril et enfumé, ce piano de cuisine ultra-moderne se déploie pour les déjeuners en extérieur. Les braises naturelles sont vendues au kilo de charbon, arrosées allègrement d’essence comme la viande de poivre et de sel. Un allume-feu moderne en plastique remplace le silex. Pratique ancestrale automatisée à son maximum dans une posture de néo-chasseur-cueilleur, le barbecue est homme par essence. Man plutôt que Mankind.

Au cœur de la forêt, Éric Schumacher nous invite à la réflexion : quelle place avons-nous encore en extérieur ?

Pour y répondre, rendez-vous à l’exposition Störende Wahrheiten jusqu’au 30 octobre 2019 – Forêt de Lorentzweiler, parcours de 3,5 kilomètres sur sentiers de terre à partir d’ici.

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