Le vernissage de l’exposition d’Anna Krieps Iconographie s’est tenu jeudi 19 septembre dans le cadre de la reprise de la saison 2019/2020. Elle était visible du 19.09.19 au 19.10.19 à la galerie Nosbaum Reding.

Pour sa première exposition à la galerie Nosbaum Reding Projects, Anna Krieps s’intéresse à la représentation de la femme dans l’art pour engager une réflexion plus large sur a place du corps féminin dans l’imaginaire collectif.

Dans la série de photographies intitulée Iconographie, l’artiste luxembourgeoise convoque des tableaux célèbres comme Le Déjeuner sur l’herbe (1863) de Manet, La Vierge en prière de Sassoferrato (1640~1650) ou La Vénus au miroir (1647~1651) de Vélasquez pour interroger l’image de la femme façonnée et véhiculée par l’histoire de l’art. Vénus ou courtisane, hétaïre ou madone : dès la Renaissance, les peintres cultivent une vision binaire de la femme, prétexte au nu, archétype sans nom ni identité. La chaire seule est tangible et reconnaissable.

Dans le travail d’Anna Krieps, en revanche, le modèle est identifiable et porte un nom : il s’agit de Vicky, comédienne de renom international, qui ici, s’offre à nous dans une pudeur à peine dissimulée. Vicky/le modèle pose sur le spectateur un regard inquisiteur. Juge-t-elle son regard à lui ? Impudique, posé sur son corps dévoilé et dérobé, meurtri à l’image du pauvre modèle d’Ophélia de Millais.


En choisissant une actrice pour incarner les femmes représentées dans ces chefs-d’œuvre de l’art (masculin) occidental, l’artiste réussit un double tour de passe-passe : d’une part, elle utilise l’effet de reconnaissance comme un levier lui permettant de pointer l’anonymat des modèles originaux, et d’autre part, elle renvoie au statut de la femme dans le contexte plus large de la production d’images, dont le cinéma est aujourd’hui l’un des plus puissants vecteurs.

En mélangeant deux niveaux picturaux – celui de la scène photographiée et celui des décors peints – les compositions oniriques d’Anna Krieps opèrent par ailleurs une mise n abyme qui invite à s’interroger sur la frontière entre rêve et réalité, entre artifice et véridicité : un questionnement qui a de tout temps hanté les artistes et qui, à l’ère du numérique, n’a rien perdu de son actualité.

Image de couverture : Vicky & Anna Krieps (Ophélia)

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